Un document historique fait déjà mention de l’existence d’une brasserie, à Hoegaarden, en 1318. La tradition d’une bière blanche trouble nait de l’omniprésence du froment, la principale céréale cultivée dans la région. Les brasseries artisanales se développent vite, notamment grâce au statut particulier du village. Alors que les villes et bourgades environnantes, telles que Tirlemont, doivent s’acquitter de lourdes taxes au duc de Brabant pour pouvoir produire leur bière, le prince-évêque de Liège laisse les Hoegaardois en paix. L’enclave peut commercer en toute franchise, tant en Brabant qu’à Liège. Les droits de passage et les accises ne s’appliquent pas à Hoegaarden.
L’industrie brassicole de Hoegaarden atteint son apogée dans la première moitié du XVIIIe siècle. En 1758, le village ne compte pas moins de 38 brasseries. Grâce au lucratif commerce de la bière blanche, l’argent afflue. Hoegaarden prend alors son aspect coquet, que vous pouvez d’ailleurs toujours admirer aujourd’hui.
Après la Révolution française, le village de brasseurs de Hoegaarden perd progressivement en importance. L’amélioration du réseau routier et la popularité de la bière pils accentuent la concurrence. La plupart des brasseries restent toutefois actives jusqu’à la Seconde guerre mondiale. En 1937, Hoegaarden en comptait encore quatre. La Brasserie Loriers en était la plus importante. Elle brassait notamment la célèbre bière Hougaerdse Das. Elle ferma cependant ses portes, elle aussi, dans les années soixante. Le dernier fût de l’authentique bière blanche, typique de Hoegaarden, avait, quant à lui, déjà quitté la brasserie Tomsin en 1957. C’était sans compter sur Pierre Celis, le jeune voisin de Tomsin.
Laitier de son état, Celis travaillait chez Tomsin et eut souvent l’occasion d’apporter son aide à la brasserie. Lorsqu’elle ferma, en 1957, le jeune Pierre Celis refusa de baisser les bras. Il avait vu suffisamment souvent comment son voisin brasseur s’y prenait pour fabriquer la bière blanche.
Mais le sort s’acharne en 1985. La brasserie disparaît dans les flammes… sans qu’il n’y ait d’argent pour la reconstruire.
Le salut vient de la brasserie Artois, à Louvain, qui décide d’investir et de faire de la Hoegaarden Bière blanche, une marque connue dans le monde entier. A la fin des années 80, la brasserie est intégrée au groupe Interbrew, aujourd’hui InBev. Cette extension de taille a permis à la Hoegaarden Bière blanche de s’exporter dans une multitude de pays, aux quatre coins du monde, et au petit village hesbignon de devenir célèbre de l’Australie au Canada.










